Pourtant, plusieurs menaces pèsent sur ces lônes : envasement, déconnexion progressive du fleuve, fermeture des milieux par la végétation, et les transformations du paysage fluvial. Le Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes (CEN Rhône-Alpes) lance donc un programme d’étude sur trois ans (2024–2026), pour évaluer l’état de conservation des lône et envisager des actions de restauration afin de rendre ces milieux à nouveau fonctionnels, vivants… et visibles.
Une restauration pour la nature, l’eau et le territoire
L’objectif du projet est double :
- Rétablir les continuités hydrauliques, écologiques et biologiques entre les lônes et le fleuve Rhône,
- Et, à terme, restaurer le bon fonctionnement de ces milieux naturels aujourd’hui dégradés.
Ce travail vise aussi à préserver la ressource en eau potable, à renforcer la résilience écologique du territoire, et à maintenir un cadre de vie paysager agréable pour les habitants et usagers locaux : pêcheurs, promeneurs, naturalistes, etc.
Le projet bénéficie de l’appui de nombreux partenaires (communes, communauté de communes, CEN Isère, scientifiques, services de l’État…) et s’inscrit dans une dynamique plus large : la lône de la Ferrande fait également partie du site Natura 2000 “Milieux alluviaux et aquatiques du fleuve Rhône de Jons à Anthon » et est soutenu par l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse, le Fonds Vert et EDF.
Deux lônes, deux histoires
La Ferrande, ou “lône des pêcheurs”
La lône de la Ferrande (ou lône des pêcheurs) est un ancien bras du Rhône formé à la fin du XIXe siècle, à l’époque où le fleuve passait d’un style méandriforme à un style en tresses.
L’amélioration des conditions de navigation a ensuite motivé des travaux d’endiguement des berges du Rhône dans le secteur (seconde moitié du XIXème siècle). Ces travaux ont entrainé une stabilisation du tracé du chenal et la fermeture des bras secondaires. Depuis 1890, la lône a été progressivement déconnectée de l’amont, et reste aujourd’hui connectée uniquement par l’aval. La construction du barrage de Jons/Niévroz, en 1937, a entrainé un relèvement du niveau d’eau dans le Rhône et la lône, ce qui a accentué les phénomènes de sédimentation, et la formation d’un bouchon qui obstrue la sortie de la lône.
Une étude préalable a mis en évidence ce bouchon sédimentaire. Le projet vise à évaluer son impact et la faisabilité d’un désenvasement partiel, par curage et remise en eau des sédiments, tout en garantissant la sécurité sanitaire des captages d’eau potable situés à l’aval.
L’avant-projet prévoit également :
- Des analyses physico-chimiques,
- Des inventaires écologiques (faune, flore, habitats),
- Des études de fonctionnement hydrologique,
- Une concertation locale approfondie.
La lône de la Négria
La lône de la Négria est issue du recoupement d’un méandre vers 1810. Après cette date, le cours du fleuve va progressivement abandonner le style méandriforme pour évoluer vers un style en tresse bien plus rectiligne.
Totalement déconnectée du fleuve par une digue moderne, permettant d’isoler des crues les terrains situés à l’intérieur du méandre de la Négria aujourd’hui occupé par un terrain de golf, achève la déconnexion, elle ne remplit donc plus son rôle d’annexe hydraulique. Et souffre d’un envasement important et d’un manque de connaissances fonctionnelles et écologiques.
Le CEN Rhône-Alpes, en partenariat avec le CEN Isère, y mène l’élaboration d’un plan de gestion :
- Diagnostic du site (usages, fonctionnement, biodiversité),
- Identification des enjeux de restauration,
- Définition d’un plan d’actions pluriannuel.
Un patrimoine naturel discret mais précieux
Bien que partiellement accessible par un sentier, ces lônes restent peu connues du grand public. Cachées derrière une dense forêt alluviale, elles apparaissent comme des lieux impénétrables, alors qu’elles témoignent d’une riche histoire fluviale et abritent de nombreuses espèces animales ou végétales : castor, cistude d’Europe, martin-pêcheur, libellules, poissons, amphibiens, reptiles… et types d’habitats naturels dont la protection est considérée comme un enjeu européen en matière de conservation.
Ces lônes sont aussi des indicateurs sensibles des changements du fleuve.
Trois ans d’études et de concertation
Le programme 2024–2026 se concentre sur :
- La connaissance du fonctionnement actuel des deux lônes,
- La définition d’un scénario de restauration réaliste et partagé,
- La sensibilisation et l’appropriation locale du projet.
Un plan de communication accompagne le projet, avec des animations scolaires et grand public, des panneaux d’information et la réalisation d’un recueil mémoriel sur l’histoire des lônes (travail en cours sur l’année 2025). Des comités techniques et de pilotage associent les acteurs du territoire tout au long du projet.
Vers un fleuve plus vivant
Restaurer les lônes de la Ferrande et de la Négria, c’est reconnecter le Rhône à son histoire, et son patrimoine naturel. C’est garantir aux espèces le maintien de leurs habitats. C’est aussi réaffirmer que préserver les zones humides, c’est préserver l’eau, la vie, et un cadre de vie durable pour les générations à venir.